[ROCK ON THE WILD SIDE] By N.C #9 – Valérie June

Bien qu’il existe une quantité innombrable de femmes interprètes/compositeurs dans le rock et dans le blues, force est de constater que peu d’entre elles parviennent à sortir de la brume opaque dans laquelle tant de talents cachés ou oubliés se sont perdus. Nan, la musique n’échappe pas au phénomène qui tend à valoriser les hommes dans un domaine prompt au succès et à l’estime. Qu’il vienne la ramener, l’hypocrite qui oserait dire le contraire, qu’on rigole un peu.

.

Ok, la soul a son lot de grandes chanteuses à voix, de divas magnifiques et de girls group à succès tendance Motown. Ainsi que le Jazz qui détient ses figures emblématiques sensuelles et tragiques, ses silhouettes lumineuses soutenues par des orchestres nappés dans l’ombre. Mais le talent est rarement loué au-delà de la voix et de la prestance sur scène. Outre le cercle des aficionados aguerris, qui a entendu parler de Wanda Jackson lorsqu’elle tournait en 55 avec le jeune et fringuant Elvis ? Qui peut clamer que la reconnaissance et le succès d’un John Lee Hooker et d’une Big Mama Thornton sont les mêmes ? Certes, les temps ont changé. L’image de la pauvre chanteuse noyée dans la solitude des tournées – se donnant corps et âme à son public à défaut d’avoir une vie stable et un foyer (je vous épargne le scénario dramatico-pathétique bla bla bla) – tend à se dissiper. Le rock s’est peu à peu détaché de ses attributs virilistes et a flirté avec l’ambiguïté via le glam rock, Bowie et Bolan en tête. Des musiciennes ont intégré des groupes, telles l’impassible Moe Tucker à la batterie du Velvet Underground et la troublante Poison Ivy à la guitare des Cramps. Il ya eu le punk, les Runaways, les Slits, puis le mouvement riots grrrls avec Bikini Kill ou encore Hole qui ont montré que des groupes entièrement féminins pouvaient tenir la route et balancer un rock frondeur et bien ficelé. Mais, si vous voulez mon humble avis, rares sont les musiciennes qui jouissent de la considération et de l’aura de leurs homologues masculins, tant au niveau de l’interprétation, des compositions que des textes. Excepté peut-être Janis Joplin, Patti Smith, Nico et PJ Harvey, qui ont accédé au rang d’étoiles adulées et respectées. Allez soyons fous, on pourrait même mettre Marianne Faithfull dans le lot, elle qui a réussi à s’extirper tant bien que mal de son image de groupie de luxe des Rolling Stones (ce qui n’était pas une mince affaire) et dont on parle à présent d’avantage pour sa voix grave et ombrageuse que pour ses galipettes sous LSD. Au final, donc, peu de femmes se distinguent au coté des icônes masculines et autre génies du rock. A croire que la maxime de Dali selon laquelle « le talent et la puissance créatrice se situent  dans les testicules » (!!) a encore la dent dure de nos jours. Malheureusement.

.

Voilà pourquoi je vais maintenant vous parler de Valérie June, jeune afro américaine échappée de son sud natal pour venir semer ses perles folks blues vers d’autres vents. Valerie-JuneIssue d’une famille modeste, la petite Valérie grandit à l’ombre des musiques gospel et country mais n’apprend la guitare qu’à 18 ans lorsque, partie vivre à Memphis avec son mari d’alors, elle forme avec lui le duo Bella Sun. Entre les petits boulots alimentaires, elle commence alors à se produire dans les bistrots avec son groupe puis en solo. Et tous les soirs, elle chante, joue de la gratte, du banjo ou du ukulele, raconte les longues journées de galère qui usent les os et fatiguent le corps. Par ce rituel, elle s’inscrit dans la lignée des artistes qu’elle admire. Elle fait revivre la musique blues par laquelle ces musiciens guérissaient leurs âmes à la nuit tombée, lorsqu’ils rentraient chez eux et se mettaient à jouer, paisibles, après avoir passé des heures à trimer au boulot. Sa musique navigue ainsi entre le blues du delta, le folk et la country. Elle la qualifie de « organic moonshine roots music » : un son brut qui prend aux tripes, une guitare et une voix hantée et limpide. Au fil des représentations, elle se bâtit une solide réputation live et commence à se faire un nom dans la région. Elle en profite pour réaliser trois albums autoproduits et décide de se tailler la malle à New York. Vient alors la proposition du rappeur John Forté d’enregistrer quelques morceaux ensemble et, badaboum, vla la petite perle hip-hop/blues « Give me water » qui inonde les ondes des bonnes radios.

C’est la rencontre avec Dan Auerbach des Black Keys qui va vraiment changer les choses pour elle, lorsqu’il la convie dans son studio de Nashville afin de produire son prochain album avec son comparse Kévin Augunas. Le résultat est le très réussi Pushin ‘ against a stone sorti cette année sur le label anglais Sunday Best Records. Le son gagne en épaisseur et en texture. Les compositions alternent entre ballades folk country acoustiques et chansons blues rock électrifiées. Les apparitions des chœurs et les notes de piano révèlent les mélodies, les soutiennent, sans trahir les guitares blues. La musicienne s’autorise aussi quelques ouvertures vers une soul délicate et aérienne. De belles chansons, tour à tour fragiles, poétiques et denses. Voici un album convaincant, à écouter à la lumière du jour qui s’éteint. Voici une femme et une artiste qui mélange le blues, le triture, le fait sien et de ce fait, le maintient dans le présent. De quoi faire un bon doigt d’honneur à la phrase de Dali et à ceux qui s’en accommodent.

Tournée Française

8 Novembre – Le Grand Mix Festival des Inrocks Tourcoing

9 Novembre – La Cigale Festival des Inrocks Paris

10 Novembre – Stereolux Festival des Inrocks Nantes

12 Novembre – Le Bikini Festival des Inrocks Toulouse (GAGNE TES PLACES ICI !)

13 Novembre – Le 106 Rouen

FACEBOOK      SITE OFFICIEL         TWITTER

♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦

RETROUVEZ L’ACTUZIK SUR FACEBOOK

megaphonelogo(2)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s