[Rencontre avec…] Zoufris Maracas

Ambiance fin de concert, un truc de fou où tout le monde a dansé et sué au Connexion Live de Toulouse, et reste encore un bon moment devant la scène avec un sourire jusque là… C’est la fête, les musiciens sont de retour à la maison, la famille, les amis, les autographes… Pas vraiment le bon moment pour une interview classique… Alors on s’est calé au fond de la loge avec Vince, le chanteur, et toute sa tribu des Zoufri Maracas, et on a juste laissé tourner l’enregistreur…

> Bon après un concert comme ça, je crois que c’est pas possible de poser des questions normales… Je crois que je vais laisser tomber mon papier et juste te donner notre impression : pendant tout le concert on se disait que ce qui était génial chez vous c’est ce mélange entre le fond et la forme, des propos cruels sur un monde qui l’est encore plus, tout ça véhiculé sur des rythmes festifs, de l’énergie qui déborde. Ce qui frappe c’est la joie qui sort de ça, on n’est pas dans de la dénonciation morose et donneuse de leçons… C’était l’idée dès le départ, c’était le but ?

> La première chanson que j’ai écrit, c’était « J’aime pas travailler »… C’était à l’époque de Bénabar tout ça… C’est pas pour cracher sur les gens, mais y’avait rien dans les chansons de l’époque alors qu’on était sous Sarko, on pouvait pas fermer notre gueule et se faire marcher sur la gueule  sans rien dire, alors qu’on se faisait priver des libertés individuelles, qu’on se faisait fliquer… Du coup on a fait des chansons. Mais l’idée c’était que les gens se fassent emporter par la musique, qu’ils se fendent la gueule. Et qu’à un moment, s’il avaient la curiosité d’écouter, qu’ils se disent : « merde ! »… Avec une musique qui envoie… Moi je ne suis pas trop fan de mes chansons, mais l’idée c’est de faire de la musique qui fait du bien avec des textes qui font du bien. Y’a eu des moments de découragements à galérer tout seul comme un chien dans la rame de métro, mais quand à la fin y’a 200 personnes qui se connaissent ni d’Eve ni d’Adam qui écoutent et applaudissent, alors tu te dis que si ça fait ça aux gens ça vaut la peine.

> Justement tes influences musicales elles viennent d’où ?

Musique africaine, congolaise, jazz manouche, plein de musique Brésilienne… Bonga, Césaria Evora, Django, Brassens, Brel… Mais toujours avec cette idée de faire des chansons entrainantes.

> On retrouve ce contraste partout entre la fête et la contestation, déjà dans votre nom avec l’association des « Zoufris », ces exilés algériens en France, et puis les « Maracas », qui évoquent la fiesta, le soleil… Ou bien dans le clip du « Peuple à l’œil » où on voit des photos de dictateurs ou de petits chefs, avec des images de carnaval, de liesse populaire… Toujours la même juxtaposition dans les thèmes…

En fait j’ai fait le clip et je me suis dit : « qu’est ce que je fais ? » Soit je suis le texte et je le prends au sérieux, soit je renverse le truc. Et c’est vrai que le carnaval c’est un peu le moment où le peuple à le droit de caricaturer les connards qui nous gouvernent. C’est intéressant de voir le peuple qui tourne en dérision les dirigeants, la façon dont la société fonctionne, qui caricature ses propres comportements… Le truc c’était le contraste, la tarte à la crème sur Sarko… ! Il faut les entarter ces cons, il faut trouver des armes de dérisions, de lâcher prise… Il faut pas les laisser utiliser leurs armes… Le jour où tout le monde arrête de croire au pognon pendant trois jours, ils sont dans la merde ! Et ils pourront pas t’envoyer leurs flics avec des lacrymos ! Le pognon c’est un prétexte à l’organisation ! Le bout de papier c’est qu’un prétexte et il faut le court-circuiter pour arriver à virer ces enfoirés qui nous dominent… Je raconte ma vie mais quand j’ai joué dans le métro, j’ai arrêté de prendre le Rmi et de tirer de la thune à la banque, parce que je gagnais suffisamment d’argent en jouant. Du coup je me suis sorti du monde « papélaire », plus d’APL, de rendez-vous… D’un coup t’es libéré…

> Mais dans la musique y’en a partout des papiers… D’ailleurs c’est bien le thème de « Prison Dorée »…

Tant qu’on arrive à gagner trois cacahuètes pour faire de la musique et faire passer mon propos, on verra bien la suite, ça me suffit. « Prison dorée » c’est une chanson garde-fou, pour que nous à chaque concert on se demande si on s’est fait bouffer ou pas. On est obligé de composer avec le système mais tout dépend du degré… On sait qu’on va se faire manger, mais tout dépend dans quelles proportions, jusqu’où on laisse aller le truc pour faire avancer notre musique et arriver aux oreilles des gens… On peut pas révolutionner l’industrie de la musique en un coup… Ca se fait petit à petit. Moi je gagne 1500 euros par mois, je sors juste de l’urgence, de la pression de dingue pour sortir son loyer en jouant dans la rue. C’était épuisant, on ne sait pas combien de temps on peut tenir comme ça. C’est pour ça que je crois pas être dans le compromis, même si ça me pose un dilemme.

> Et du coup, l’après, les projets c’est quoi…

Déjà le prochain album dans le courant de l’été. Et puis pour finir sur ce qu’on disait, si ca devait me tomber sur la gueule, la réussite tout ça, je préférerais que ca tombe sur moi parce que je sais ce que j’ai à dire, je sais ce que je défends. On ne deviendra pas des larbins, si on doit chier un peu dans les bottes on le fera, on dira ce qu’il y a à dire… Et sinon on fera autre chose, c’est pas grave !

Propos recueillis par Cathy et Gwen

Tout reproduction, même partielle, est interdite sans la mention L’Actuzik.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s